Résumés des "Rencontres" 2014-2015

Les « Rencontres avec … », de l’association des élèves et anciens élèves du département 2SEP de l’ENS de Rennes (A3EPS), ont été organisées pour la première fois cette année. Il s’agit d’un événement bimensuel organisé à l’ENS où sont invités : un acteur du champ de l’EPS ou des STAPS, des étudiants et des enseignants d’EPS. Les intervenants invités dans le cadre de la préparation à l’agrégation d’EPS ont accepté d’y participer et ont contribué à générer des discussions très riches à partir d’un sujet d’actualité propre au champ des STAPS, à l’EPS, en passant par la formation, et la recherche … Autant de domaines qui ont été réunis à chaque soirée pour alimenter un débat, au-delà des travaux de recherche habituels de ces intervenants. Nous proposons ici quelques résumés de ces soirées, afin de situer dans les grandes lignes les éléments de débats qui ont été abordés, la position des intervenants et les perspectives de ces interventions.

 

Jacques Gleyse (Professeur à l’ESPE de Montpellier, Directeur LIRDEF)

« Les rapports de force entre les champs scientifiques en STAPS »

Le champ des STAPS est un domaine très éclectique, considéré à la fois comme une richesse mais également comme un risque d’hyperspécialisation. En effet, actuellement 90% des enseignants chercheurs font de la recherche mono-disciplinaire alors que l’essence même des STAPS demeure la pluridisciplinarité autour de l’activité physique. Au sein de ces champs, une stratification existe, où les sciences de la vie dominent (au CNU ou dans les qualifications par exemple) par rapport aux sciences humaines et sociales, et aux sciences de l’éducation. Jacques Gleyse s’interroge sur la place de l’EPS comme champ scientifique à part entière, statut qui lui permettrait de revêtir une réelle légitimité au sein des STAPS. La création de l’ENS Rennes aurait dû permettre selon lui de créer une section universitaire pour la discipline, comme c’est le cas pour les autres disciplines scolaires. Actuellement, les recherches en EPS paraissent nombreuses dans le champ des sciences de l’éducation et peu dans le champ des STAPS, alors que paradoxalement les STAPS sont nées de l’éducation physique. Jacques Gleyse questionne ici les perspectives d’évolution de l’EPS qui est une des seules disciplines scolaires non rattachées à un champ scientifique à part entière.

 

Didier Delignières (Professeur et Directeur du STAPS de Montpellier, Président de la C3D)

« L’esprit critique en STAPS ? La formation des enseignants et les concours de recrutement – La recherche »

L’esprit critique, c’est accepter de penser autrement, mais surtout dans une perspective d’être utile, de proposer autre chose et de le faire évoluer. Emettre des critiques dans un seul objectif contestataire n’a pas de sens. Il s’agit plutôt d’amener une nouvelle façon de penser et d’amener de nouvelles propositions. Dans le cadre de la recherche, les théories scientifiques évoluent parce qu’elles ont été critiquées et remises en cause, et qu’elles ont fait évoluer les conceptions. Les recherches qui réfutent des connaissances sont donc toutes aussi nécessaires mais peu nombreuses notamment à cause des modes de financement de la recherche.

Dans le cadre de la préparation aux concours de l’enseignement,  Didier Delignières admet que les étudiants pensent ce qui leur est dit comme vérité absolue, alors que les connaissances scientifiques sont réfutables. Lors des concours, les futurs enseignants n’osent que très peu faire preuve d’esprit critique, pour « être docile » et entrer dans les codes de l’institution. Même dans la poursuite de la carrière d’enseignant, être critique n’est pas forcément compatible avec son évolution professionnelle. C’est aussi bien souvent l’expérience qui permet d’avoir un regard critique, à la fois sur le milieu dans lequel on évolue mais aussi par rapport à son propre parcours. Il parait cependant indispensable de confronter les étudiants à l’esprit critique dans le cadre de la recherche mais aussi dans le cadre de la formation aux futurs enseignants.

 

Joris Vincent (Maitre de Conférences au STAPS de Lille 2)

« La place de performance et de la compétition en EPS. La place des filles en sports collectifs »

Ancien joueur de rugby et entraîneur d’une équipe féminine, Joris Vincent a décliné la notion de performance en trois termes : physique, intellectuelle et affective. Pour lui, c’est la performance affective qui doit être privilégiée en EPS, notamment dans le cadre de la maîtrise des émotions par les élèves (lors de contacts en rugby par exemple). En effet, la performance physique est plus difficilement modifiable, étant donné le contexte d’enseignement, dans lequel la quantité de pratique est limitée. De plus, la formation des enseignants actuelle reste plutôt centrée sur la polyvalence que sur la spécialisation, ne permettant pas forcément d’amener les élèves vers une réelle performance physique qui nécessite une certaine expertise pour identifier les paramètres à modifier.

La place des filles en sports collectifs pose plus globalement la question de la mixité, dans la mesure où certains enseignants séparent filles et garçons pour les sports collectifs. Mais le rugby présente des spécificités très intéressantes pour pouvoir faire jouer les filles et les garçons ensemble, et amener de nouvelles formes de sociabilité. En effet, certaines filles se révèlent complètement dans la pratique du rugby car elles arrivent à trouver des façons de s’exprimer efficaces et prennent plaisir dans cette activité. Mais le rugby pose aussi la nécessité d’une compétence de l’enseignant, à la fois dans la gestion des principes de sécurité et des modalités de l’activité permettant d’engager tous les élèves malgré leurs différences, notamment morphologiques. Cependant, Joris Vincent tient à souligner pour qu’il ne faut pas chercher à tout prix à faire pratiquer filles et garçons ensemble à tous les moments de la leçon. Parfois séparer les élèves peut s’avérer aussi bénéfique en termes d’apprentissage, de sécurité et de bien être que de les mixer.

 

Cécile Ottogalli (Maître de Conférences au STAPS de Lyon)

« Les rapports de force entre hommes et femmes dans le champ des STAPS et en EPS »

Cécile Ottogalli a débuté son intervention en dressant quelques constats d’inégalités entre les hommes et les femmes, à l’échelle de la société, de l’école, de l’EPS et des STAPS. Plusieurs éléments de discussion ont été abordés, notamment par rapport aux dimensions sociologiques de domination masculine, omniprésentes dans la société (Bourdieu, 1998). Un premier débat a porté sur l’idée d’ignorer les différences entre filles et garçons pour proposer aux filles d’accéder à la culture des garçons, voire de valoriser les filles. Ensuite, plusieurs interrogations ont été soulevées concernant les problématiques liées à la discrimination positive, consistant à favoriser par exemple les filles par rapport aux garçons, notamment par l’utilisation de quotas. A court terme, cette mesure semblerait indispensable pour favoriser l’égalité entre hommes et femmes. En s’appuyant sur des expériences réalisées dans le monde scolaire,  les plus-values de la mixité entre filles et garçons ont ensuite été questionnées, principalement en EPS.

Enfin, Cécile Ottogalli a été questionnée sur sa place en tant que chercheuse engagée dans le monde universitaire et scolaire. Elle tente de mener des actions avec ses étudiants pour lutter contre les stéréotypes et permettre à chacun de prendre conscience des enjeux sous-jacents. De plus, elle perçoit son engagement contre les inégalités hommes-femmes et ses travaux de recherche comme des formes de distanciation lui permettant d’appréhender de façon très singulière ses propres relations sociales. Cécile Ottogalli a insisté sur la nécessité de « dire les choses » pour limiter la survenue d’inégalités hommes-femmes dans le monde des STAPS et ailleurs.

 

 

Jean Luc Ubaldi (Vice-directeur ESPE Lyon)

« Quelle EPS de demain ? Quelle formation des enseignants pour cette EPS ? »

Jean Luc Ubaldi est parti du constat que l’enseignement de l’EPS concerne encore trop la gestion de la classe, sans aller réellement vers des apprentissages précis. Les élèves sont peu actifs, et ne sont pas réellement transformés par les cycles successifs d’EPS. La notion de « ciblage » est primordiale pour lui, c’est-à-dire de faire des choix dans la discipline pour se concentrer sur certains contenus d’enseignement. C’est une forme de réponse à l’EPS « zapping » qui ne fait qu’accumuler des cycles d’activités différentes mais où les élèves ne sont pas réellement transformés.

A partir de ce ciblage, il est nécessaire de construire une démarche de compréhension de l’élève dans l’activité et non pas simplement de l’activité en elle-même (ne pas simplement se demander ce qu’est un danseur, mais plutôt ce qu’est un élève en danse). La question de l’évaluation est aussi posée. Au-delà de l’évaluation certificative, il semble important d’évaluer les progrès des élèves. Il s’agit de réussir à se poser la question à chaque leçon de « quel grand pas ont fait mes élèves aujourd’hui ?». C’est un mode de pensée à construire. Cela requiert  d’accepter de cibler ses contenus et d’engager les élèves dans des situations complexes, quitte à conserver la même situation tout au long du cycle mais en jouant sur certaines variables permettant de faire progresser les élèves.

Concernant la formation, Jean Luc Ubaldi affirme qu’il est nécessaire de se séparer de la référence sportive pour se centrer sur l’acquisition de compétences des futurs enseignants. Les concours de recrutement sont encore très centrés sur la culture sportive avec des activités principalement évaluées sur la performance. De plus, les épreuves demandent aux candidats de maîtriser beaucoup d’activités alors qu’il est très difficile de pouvoir maîtriser plus de trois ou quatre activités qui permettront de réellement faire progresser les élèves. La formation en STAPS présente des avantages par rapport aux autres disciplines dans la mesure où des stages pédagogiques sont dispensés dès la licence, mais ils manquent parfois de suivi et de continuité avec le reste de la formation.

 

Thierry Tribalat (ancien Inspecteur Pédagogique Régional)

« Les nouveaux programmes »

S’intéressant aux réflexions sur les nouveaux programmes, Thierry Tribalat a débuté son intervention en comparant les textes du socle commun de 2005 et de 2012. Pour lui, le texte de 2012 pose ce que l’école doit attendre d’un élève qui réussit, s’adapte, comprend le monde, lutte contre les préjugés, accède à la raison et à la liberté de penser. Il y a donc eu une évolution par rapport au texte de 2005 qui promouvait davantage des compétences utilitaristes, nécessaires pour s’intégrer socio-économiquement. Ensuite, Thierry Tribalat constate une certaine addition des savoirs dans les programmes, qui est due, selon lui, à une augmentation des connaissances produites dans la société, mais à laquelle l’Ecole ne peut pas répondre. Pour lui, deux postures sont alors envisageables : soit l’Ecole reste impuissante et perd son utilité, soit elle s’adapte en donnant du sens à toutes ces connaissances, dans lesquelles subsiste une confusion entre le virtuel et le réel. Les programmes actuels cumulent le savoir mais sans réellement lui donner du sens.

Un deuxième élément abordé avec Thierry Tribalat est celui du corps et des émotions dans la société et à l’Ecole. Pour lui, le corps est un oublié de l’Ecole qui s’attache plutôt au rationnel, à l’analytique et au scriptural. L’EPS reste la seule discipline qui pose explicitement cette question du corps et des émotions, qui ramène au sensible et tient compte du fait que tout ne se didactise pas. Les usages du corps ont évolué dans la société, et il existe un besoin croissant d’être à l’écoute de son corps et de sa sensibilité. L’EPS a un réel rôle à jouer dans l’apprentissage des manières de considérer le corps, d’être à son écoute et de se construire autrement que par le paraître.

Plus concrètement, Thierry Tribalat nous a affirmé l’importance de cibler des objets d’apprentissages, et d’accepter de ne pas pouvoir tout enseigner. Ensuite, il a rappelé l’importance du choix des activités en EPS afin de les considérer comme des territoires d’expériences, qui sont à sélectionner et non pas à additionner. Enfin, un troisième élément important en EPS est celui de l’organisation de la rencontre entre l’élève et le contenu pour permettre à tous d’accéder aux visées éducatives et aux visées motrices.

 

Nous tenons à remercier chaleureusement tous les intervenants qui ont accepté notre invitation, à débattre autour de ces sujets d’actualité, en EPS, à l’Ecole, à l’université et plus largement dans la société actuelle. Nous remercions également l’ensemble des participants à ces soirées, élèves et enseignants de l’Ecole, enseignants d’EPS qui ont contribué à leur réussite. Pour aller plus loin, tous les comptes rendus de ces soirées sont disponibles sur notre site internet (www.a3eps.org). Nous vous donnons rendez-vous dès septembre pour de nouvelles « Rencontres avec… » ! Vous pourrez également suivre ces soirées en direct sur le compte Ustream de l’A3EPS (http://www.ustream.tv/channel/a3eps).

 

L’A3EPS. 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Vous êtes ici : Home Les soirées débats du Jeudi Résumés des "Rencontres" 2014-2015